Témoignages

Témoignage d'une maman dont le bébé avait une transposition des gros vaisseaux (TGV).

Le jour où j'ai découvert la vie autrement...

A l’heure où je vous parle, je suis une maman comme les autres…
A l’heure où je vous parle, mes trois petits gars courent, sautent et rient dans notre maison…
A l’heure où je vous parle, les phrases d’une chanson résonnent en moi : "tant qu’on vit et tant qu’on aime tout va bien".
Mais il fut une autre heure, il y a aujourd’hui presque 7 ans.
Maman de deux petits garçons de 5 ans et demi et 3 ans et demi, je préparais le petit berceau de mon troisième bébé qui allait pointer le bout de son nez. Insouciante, réjouie, je parlais à mes aînés de mon prochain séjour à la maternité : "Je ne serai absente que quelques jours, puis je reviendrai avec le bébé auprès de vous". Une image d’Epinal qui m’enchantait. Je ne me doutais pas une seconde que mon aventure hospitalière allait être…bien plus longue.
Il a donc pointé le bout de son nez au petit matin. Un mignon petit garçon…, j’éprouvais une immense joie.
Savez-vous seulement que l’on peut passer en quelques minutes d’un sentiment aussi bienfaiteur à un vide angoissant qu’engendre une certaine agitation palpable autour de ce petit être que vous aimez déjà tant ?
Ma joie s’est mutée en peur, que se passe-t-il donc ? Personne ne semble le savoir vraiment, l’inconnu m’angoisse. J’apprends que mon petit allait être séparé de moi puisqu’on m’annonce qu’un hélicoptère s’apprête à venir le chercher. Tout se passe très vite, épuisée par l’accouchement, incapable de me déplacer (péridurale), je le découvre dans une couveuse, intubé, prêt au départ.
Une infirmière me tend son petit bracelet que l’on met au nouveau-né. Pourquoi couper ce bracelet qui indique son identité ? Je ne l’ai jamais vraiment su, mais pour moi c’était comme la médaille du soldat que l’on rend à sa famille lorsque l’issue est fatale.
A quelques heures de l’accouchement, mon mari et moi rejoignons notre fils en voiture. J’avais l’impression de vivre un cauchemar…je vais me réveiller. Mais non. Le coup, la gifle allait encore arriver à l’annonce du diagnostique : on s’en doutait, c’est effectivement le cœur. Première pensée, si c’est le cœur, c’est foutu. N’est-ce tout de même pas notre moteur ?
Une transposition des gros vaisseaux : Croquis, dessin, nous comprenons que son cœur est monté à l’envers et empêche l’oxygénation de son corps.
Jamais nous n’avions entendu parler de cette malformation. Nous étions sortis de notre cocon et avions atterri dans un monde inconnu imprégné de douleur, d’incertitude.
Puis les jours, les mois, opération, complication, attente, lueur d’espoir, découragement, opération, attente….
Dur d’affronter le quotidien, l’éclatement familial, mes aînés, je leur avais dit 4 jours, m’en voulaient-ils ? Nous avons vécu au jour le jour sans connaître le programme du lendemain ! Nous nous sommes soudés Enfants- Parents- Grands-parents. Le regard et les sourires de bébé nous encourageaient.
RoméoPuis un jour la roue a tourné, du bon côté. Bébé est rentré ! Enfin le berceau préparé est habité. Enfin les 5 sous le même toit. Et là je vous assure que les plaisirs les plus simples me procurent un bonheur insoupçonné. Les petites choses du quotidien prennent tout leur sens. Eh oui, préparer un repas pour les siens, aller chercher les enfants au bus,…que demander de plus.
Aujourd’hui je suis une maman comme les autres, j’ai eu peur d’avoir perdu ma vie d’avant…je l’ai retrouvée encore plus riche. Je profite de chaque instant parce qu’on revient de loin, je me sens proche des personnes qui touchent à la souffrance.
Et pour terminer, laissez-moi vous donner des nouvelles de mon bonhomme: Roméo a 7 ans, il skie (et en faisant des sauts), joue au foot, apprend à lire et à compter.
C’est beau car il est ni plus ni moins qu’un enfant comme les autres.

C.V.

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